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Cahiers de Prothèse 178_Histoire occlusion

Conception géométrique du montage des dents

10/08/2017

La belle histoire de l'équilibration occlusale

Analyse historique

L’équilibration occlusale a une longue histoire née avec « l’occlusion » en 1866. Cette approche clinique a répondu tout d’abord à des objectifs mécaniques puis thérapeutiques, objectifs qui ont varié au cours du temps. Retour sur 150 ans d'indications, parfois encore en vigueur.

L’équilibration occlusale est un acte clinique et technique qui consiste à modifier la morphologie des dents prothétiques ou naturelles afin que les forces occlusales soient parfaitement réparties et qu’une harmonie se crée entre chacune des structures occlusales antagonistes.
Initialement, cette technique a été mise au point afin d’assurer la stabilité des prothèses adjointes. Puis très rapidement, elle a été appliquée à d’autres composantes de l’odontologie de manière à créer une harmonie entre les différentes structures de la sphère oro-faciale : les dents et leurs tissus de soutien, les muqueuses, les muscles masticateurs, voire posturaux, les articulations temporo-mandibulaires. Cette harmonie a été définie par des concepts variés de nature mathématique, géométrique, physiologique, voire idéologique.
Dans ces deux situations cliniques, l’objectif « thérapeutique » était simple : créer une occlusion « idéale », occlusion qui devait résoudre d’abord tous les problèmes de stabilité prothétique puis, dans un deuxième temps, de très nombreuses pathologies.
Cette approche thérapeutique n’est pas nouvelle puisqu’elle a été décrite par Pline l’Ancien (23 après J.-C.-79).
En effet, dans son ouvrage, Histoire naturelle, il préconisait de combler les irrégularités des dents. Mais la première description véritable de l’équilibration occlusale doit être attribuée à Gallien qui a détaillé cette thérapeutique : « Quand une ou plusieurs dents […] se situent au-dessus du niveau des autres, la partie dépassant est éliminée à l’aide de petites limes. »

Ces descriptions tombèrent dans l’oubli jusqu’au milieu du XIXe siècle, époque à laquelle l’odontologie découvrit « l’occlusion ».

Naissance de l’occlusion

À partir de 1850, la science de l’occlusion s’est développée dans les trois domaines suivants : la fabrication des dents prothétiques, l’étude et la reproduction de la cinématique mandibulaire, la recherche d’une position de référence.

  • Dents prothétiques

En 1776, Duchateau présenta ses premières dents porcelaine, puis Dubois de Chemand améliora ce procédé pour produire, en 1804, 12 000 dents en porcelaine par an, sans oublier Fonzi (1808) qui conçut des dents antérieures individuelles et des blocs postérieurs dont la qualité de céramique était bien supérieure à celle de Dubois de Chemand. Simultanément, Claudius Ash, à Londres, et Samuel S. White, à Philadelphie, continuèrent à améliorer ces procédés. En 1877, ce dernier se vantait de produire 500 000 dents artificielles par an.
En 1840, la morphologie des dents prothétiques postérieures était plus ou moins grossière même si des fabricants comme C. Ash essayèrent de reproduire celle des dents naturelles. La surface en céramique était rugueuse, les cuspides adoucies mal définies, probablement peu efficaces et incapables d’assurer une occlusion stabilisant la prothèse.
En 1902, lors d’un congrès à Londres, James Leon Williams réclama l’amélioration de la morphologie des dents artificielles afin de contribuer à la stabilisation des bases prothétiques. Il lui fut répondu que « 90 % des dentistes étaient satisfaits des formes existantes. Le nombre qui voudrait payer pour des améliorations des dents serait trop faible ce qui ne justifierait pas l’investissement imposé ».
En 1904, S. Spence plaidait afin que les dents prothétiques soient plus grosses et plus cuspidées. Parmi les arguments, fut bien sûr avancée la recherche d’une similitude avec les dents naturelles mais Spence insistait surtout sur l’efficacité masticatoire et sur l’apport des travaux et de l’articulateur de W.G. Bonwill dans la recherche de la stabilité des bases prothétiques. Il doit être souligné que, après la mise au point de son gnathodynamomètre, G.V. Black s’était joint à ce souhait. Son dispositif permit en 1895 de mettre en évidence la faible force musculaire des patients porteurs de prothèses adjointes.
De même, en 1910, A. Gysi écrivait : « Les surfaces occlusales des molaires artificielles sont généralement trop plates et les cuspides donnent l’impression qu’elles sont posées uniquement pour rendre les faces occlusales plus belles sans aucune raison fonctionnelle […]. Beaucoup de praticiens ont été satisfaits de l’utilisation des dents très peu cuspidées, voire même les éliminent. »
L. Williams poursuivit ses efforts et rencontra à de nombreuses occasions A. Gysi. Leur collaboration aboutit à la fabrication du Trubyte® System, vers 1912 ou 1913. La morphologie des dents postérieures artificielles répondait enfin aux souhaits de F. H. Balkwill. Les cuspides, les sillons, l’engrènement étaient alors en totale harmonie avec la cinématique mandibulaire, hélas 60 ans après que cet impératif eut été énoncé.
En 1917 à Londres, D. Mackintsosh Shaw publia un article fondé sur le rôle de cisaille des dents : « Les dents humaines présentent des caractéristiques morphologiques, une organisation spécifique […] telles que les forces de mastication sont essentiellement de cisaillement et non d’écrasement. Ces conditions sont remplies si le recouvrement des cuspides “coupantes” est suffisamment important, et si ces mêmes cuspides sont raisonnablement sectionnantes ». Cette notion sera reprise 20 ans plus tard lors de la mise en avant de l’occlusion en protection canine.
Parallèlement à la mise au point des dents cuspidées, on assistait à la montée en puissance d’autres types de morphologies occlusales répondant au principe de l’impact lingual. Les cuspides étaient beaucoup moins marquées, voire plates, afin de diminuer les composantes transversales déstabilisantes, comme l’avaient souligné F. French et V. Sears en 1924 et 1925.
En 1925, A. Gysi conçut et déposa le brevet des premières dents répondant à ces souhaits, les cross-bite posterior teeth. Elles étaient fabriquées par la Dentist’s Supply Company de New York. Quelques années plus tard, en 1934, Alfred Lüthy déposa un brevet de dents véritablement à impact lingual qui, semble-t-il, ne furent jamais commercialisées. Leur conception se fondait sur la notion de pilon-mortier, notion qui sera reprise plus tard par Gerber. En 1935, F.A. French mit au point les French’s modified posterior teeth qui étaient à la fois esthétiques et faciles à monter.
Le point commun entre ces deux conceptions occlusales demeurait la création d’un schéma occlusal du type occlusion bilatéralement équilibrée. Ce choix a eu d’importantes conséquences sur la conception de l’ensemble des thérapeutiques occlusales futures. [...]

La recherche bibliographique et la rédaction de cet article doivent beaucoup à l’aide efficace et à la disponibilité des bibliothécaires de la Faculté de Médecine et de la bibliothèque d’odontologie de Garancière, qu’ils en soient remerciés !

Olivier Hüe

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