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01/02/2019

Point de vue

La médecine bucco-dentaire contre vents et marées

La profession est à la croisée des chemins, résolument tournée vers une dynamique médicale. Les traitements évoluent, les coûts aussi. Devons-nous accepter que les réformes du monde médical ne soient inspirées que par un modèle économique ? Comment exercer dans ce « conflit éthique » permanent ? Réussirons-nous à créer un système où patients, soignants et régulateurs financiers seront capables de coopérer ?

Trois confrères engagés à différents niveaux pour la promotion de la médecine bucco-dentaire se sont penchés sur les grandes tendances observées pour décrypter les stratégies des différents acteurs et proposer des éléments de réponses pour les patients et pour la profession.

La médecine bucco-dentaire française est en train de vivre plusieurs révolutions simultanées :

  • des avancées médicales, scientifiques et technologiques qui permettent une préservation sans précédent de l’organe dentaire et des fonctions associées ;
  • un ancrage de la chirurgie dentaire dans une réalité médicale[1] ;
  • une évolution réglementaire nébuleuse : on assiste dans un même temps à une déréglementation sans précédent de l’exercice, une remise en cause des organismes de régulation (l’Ordre notamment), une ubérisation des rapports entre les patients et les praticiens, une hyper-réglementation des pratiques et des honoraires ;
  • une cohabitation plus ou moins harmonieuse entre une approche commerciale et une vocation médicale. L’équilibre de cette coexistence se trouve modifié par de nombreux facteurs, notamment le manque de corrélation entre le bénéfice médical d’un traitement et son remboursement par les financeurs ;
  • une évolution des modes d’exercice qui se manifeste par une diminution de l’activité libérale au bénéfice d’un exercice salarié et ce, concomitamment à une féminisation de la profession et à un éclatement du numerus clausus consécutif à une arrivée importante de diplômés de l’UE.
La profession reste parfois teintée par les vieilles caricatures de barbier-chirurgien de foire alors que la réalité de la pratique est résolument tournée vers une dynamique médicale. Les professionnels restent des soignants mais leurs traitements évoluent, et leurs coûts aussi. Dans ces conditions, comment pouvons-nous continuer à exercer dans ce « conflit éthique » permanent[2] ? Est-il si insensé d’imaginer que l’on puisse ré-inventer un système où patients, soignants et régulateurs financiers soient capables de coopérer en se recentrant sur l’éthique comme dénominateur commun ? Devons-nous accepter que les réformes du monde médical et leur adaptation au monde actuel rejettent toute dimension humaine et ne soient inspirées que par un modèle économique consumériste ?


Les plates-formes : des acteurs majeurs du système

Assurances, industries, réseaux sociaux sont devenus des acteurs à part entière du système de santé bucco-dentaire. En s’interposant entre les professionnels de santé et les patients, ces acteurs constitués en plates-formes changent la relation médicale et posent de nombreuses questions, en particulier en ce qui concerne le secret médical.


Une « ubérisation » de la profession

L’ubérisation, néologisme issu du nom de la société américaine Uber, est la néo-organisation d’une profession réglementée, et va s’attaquer à tout ce qui a poussé la société et les pouvoirs publics à s’occuper de ces professions jusqu’ici, dans l’intérêt supérieur des citoyens. Maurice Levy, PDG de Publicis en 2014, rappelle dans une interview au Financial Times[25] que « tout le monde a peur de se faire ubériser », c’est-à-dire de se rendre compte un matin que son métier a disparu. C’est un phénomène disruptif, voire violent pour les professions concernées. 


Déréglementation et contrôle

On observe une tendance de fond à déréglementer l’organisation de la profession, l’accès à l’exercice, la publicité ou encore l’ouverture de centres. Dans le même temps, le pouvoir politique cherche à contrôler la profession, notamment par la tarification. Le traité [35] sur le fonctionnement de l’Union européenne promeut « la mise en concurrence des services d’intérêt économique général et des professions en situation de monopole fiscal ».

La commission de l’Union européenne fait ainsi chaque année des recommandations aux États membres. Elle les pousse à ouvrir les professions réglementées à la concurrence. Le CNOCD alerte [36-38] régulièrement la profession sur le combat qu’il mène au niveau européen avec les autres ordres professionnels.


Quelques propositions concrètes

Nous avons montré que les intérêts, dans tous les sens du terme, sont multiples autour de ce qu’il est malheureusement convenu aujourd’hui de considérer comme un marché.
C’est dans cet esprit que nous vous proposons quelques pistes de réflexion.

  • Préservation du secret médical : le patient doit être assuré du respect de la confidentialité de son état de santé ;
  • Indépendance d’exercice et de prescription : le patient doit être convaincu que le praticien lui propose des traitements adaptés à ses problèmes ;
  • Liberté de choix du praticien par le patient : le patient doit pouvoir retirer son consentement ;
  • efus des inclinations commerciales : le praticien doit rechercher le consentement éclairé de son patient.
Et tout ce qui en découle naturellement.
  • Rester maître de son environnement ;
  • Créer nous-mêmes des données scientifiques ;
  • Valoriser l’investissement professionnel : syndicalisme, ordre, société civile, recherche, formation continue, association professionnelle…
  • Clarifier les droits et les devoirs des praticiens ;
  • Considérer les firmes pour ce qu’elles sont ;
  • Rendre les établissements de santé respectueux du CSP, au même titre que les praticiens libéraux.


  • Code la santé publique. Livre 1er de la quatrième partie des dispositions législatives et réglementaires.
  • 2 Delphin N. Présidente du syndicat des femmes chirurgiens-dentistes. Conflit éthique, 19/4/2018.
  • 25 Cuny D. « Tout le monde a peur de se faire uberiser ». La Tribune 17/12/2014. bit.ly/2CyaJew
  • 35 Article 106 du traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne.
  • 36 CNOCD. La lettre n° 168 : Test de proportionnalité : la santé dans le viseur de Bruxelles.
  • 37 CNOCD. La lettre n° 158 : La proportionnalité, cheval de Troie d’un marché de la santé ?
  • 38 CNOCD. La lettre n° 108 : Non à l’accès partiel à la profession.

Xavier BONDIL, Nicolas DRITSCH et Franck GENEVRIER

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