Comment évolue la pratique dentaire ?

27/08/2010

Comment évolue la pratique dentaire ?

Démographie de la profession, formation initiale, formation continue, délégation de tâches, place de la chirurgie dentaire dans le système de soins… Ces thèmes essentiels pour la profession et qui suscitent tant d’interrogations sont étroitement liés à l’évolution de la pratique. Nous avons voulu connaître la perception d’universitaires et de praticiens libéraux sur cette question. Trois axes forts se dégagent de ces entretiens.

La fin annoncée de la reconstruction des dents
La dentisterie aujourd’hui encore centrée sur la reconstruction des dents perd rapidement du terrain. Cette tendance forte est perceptible dans les cabinets dentaires. Lorsqu’il s’est installé, Éric Robbiani réparait les lésions que ses patients avaient laissé s'établir. « Schématiquement, aujourd’hui, nous sommes plus impliqués dans la prévention des problèmes carieux des jeunes et dans la prévention des problèmes parodontaux des adultes ». Les études confirment cette tendance. L’indice CAO s’est effondré chez les jeunes à 6 et 12 ans. De plus en plus de personnes vieillissent avec leurs dents. La carie ne va pas disparaître. Mais les gros problèmes carieux ont tendance à se concentrer sur les populations éloignées du système de soins. Actuellement, 80 % de ces problèmes concernent 20 % de la population.
Michel Sixou n’hésite pas à affirmer que « le potentiel de soins lié à la carie et à la reconstruction de la dent touche à sa fin ». En revanche, les problèmes parodontaux prennent une place croissante. Le doyen de la faculté de Toulouse prévoit que « la métamorphose du métier sera totale » dans les 10 à 15 ans à venir. Une évolution radicale dont il est urgent de tenir compte dans la formation des praticiens et l’évolution du métier.

L’avènement du chirurgien-dentiste communicant
Autre axe fort de l’évolution de la pratique, la communication. Auparavant, le praticien prenait soin de son patient qui, en quelque sorte, subissait son traitement. Aujourd’hui, le patient est devenu un acteur des soins. Et le chirurgien-dentiste doit intégrer la notion de patient « partenaire des soins » dans sa pratique. Quand il effectue une restauration, Éric Robbiani doit parfois beaucoup argumenter pour prouver l’intérêt du matériaux gris alors qu’auparavant il l’imposait sans discussion. « Notre rôle de communicant devient primordial, et s'intègre dans notre rôle de soignant », affirme Pierre Dana qui consacre un temps important aux explications pour permettre à la confiance de s’installer entre son patient et lui.
Mélanie Boulanger, présidente de l’Union nationale des internes en odontologie, relève aussi l’importance que revêt aujourd’hui dans l’évolution de la pratique, le « partage des connaissances entre praticiens » par le canal des sociétés scientifiques et de l’outil Internet.

L’élargissement des compétences du chirurgien-dentiste
L’activité centrée hier sur la technique et la réparation des dents apparaît plus orientée aujourd’hui vers une prise en charge globale et médicale des patients. Michel Sixou insiste sur les « connexions fortes » entre les maladies parodontales en développement et, les maladies infectieuses et les maladies générales. Des liens ont été démontrés avec les accidents cérébraux, les infarctus et le diabète de type 2. Il existe aussi des risques accrus pour les femmes enceintes atteintes de parodontites d’avoir un enfant prématuré. Dans ces conditions, le chirurgien-dentiste doit pouvoir prendre en charge médicalement ses patients. Et le terme « médecine dentaire » exprime bien cette évolution du métier.
Denis Bourgeois, doyen de la faculté de chirurgie dentaire de Lyon et professeur de santé publique, évoque le cas des maladies chroniques et des maladies transmissibles. « Quelles que soient les pathologies, diabète, tabac, obésité… le chirurgien-dentiste peut avoir une place stratégique dans une approche intégrée des maladies ». Car il a un rôle à jouer dans la détection précoce à travers les signes bucco-dentaires de ces maladies. Quand la maladie est déclarée, il prend en charge la partie bucco-dentaire. Mais il a aussi en amont un rôle de conseiller pour prévenir les comportements à risques. Le chirurgien-dentiste apparaît alors « au cœur du système de santé ». Toute la question est de savoir maintenant quelle place le chirurgien-dentiste veut tenir demain dans le système de santé compte tenu des nouveaux champs d’intervention ?

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