18/02/2021

Occlusodontie
et posture

Pierre-Hubert Dupas répond aux questions de Mathilde Savignat à propos de l’ouvrage Occlusodontie et posture. Du bruxisme au mal de dos, co-écrit avec un ostéopathe et récemment paru aux Éditions CdP.

Les propositions avancées dans votre mémento permettent-elles d’assurer en omnipratique la prise en charge de la majorité des patients présentant des dysfonctionnements cranio-mandibulaires ?

C’est l’objectif de ce mémento. Le retour des lecteurs sur les précédents livres nous ont fait prendre conscience que ceux-ci ne s’adressaient pas assez aux omnipraticiens. Nous avons donc cherché à simplifier notre approche sans pour autant la galvauder. Depuis cinq ans, nous avons modifié notre protocole de diagnostic et de traitement des dysfonctionnements cranio-mandibulaires afin d’évaluer les résultats. Dans ce laps de temps, 1 500 patients ont été vus en première consultation et 1 350 gouttières occlusales ont été posées avec succès. Les résultats obtenus ont dépassé nos prévisions à tel point que nous avons pu réduire la durée du traitement orthopédique à deux mois.

Quelle est, selon vous, la place de la gouttière dans le traitement des patients présentant des dysfonctionnements cranio-mandibulaires ?

Elle est primordiale à condition qu’elle n’interfère pas sur la position mandibulaire de repos (l’épaisseur des feuilles de 2 mm devient 1,5 mm après thermoformage), qu’elle soit réglée avec du papier d’occlusion très fin (8 microns), que les contacts occlusaux soit contrôlés deux à trois semaines après la pose et que la gouttière soit portée 24 h/24 en dehors des repas. Si tous ces critères sont respectés, la sédation des douleurs est rapide, voire pratiquement immédiate dans certains cas cliniques, à condition que le contrôle de l’horizontalité de la ceinture scapulaire et de l’oculogyrie valide le réglage de la gouttière occlusale.

Pour quelles raisons réduisez-vous à un seul les différents types de gouttière habituellement utilisées ?

Dans le passé, nous considérions trois types de gouttière. En fonction du diagnostic, le réglage était différent : contacts répartis sur la totalité de la gouttière pour les troubles musculaires, contacts postérieurs pour les troubles articulaires non réductibles et, enfin, gouttière de propulsion pour les antépositions discales réductibles. Nous avons abandonné depuis longtemps ce dernier type de gouttière. Le rattrapage discal est un leurre à cause de l’étirement ligamentaire irréversible et demande en outre la reconstruction complète des arcades dentaires en propulsion.

Quel que soit le type de pathologie, lors du bruxisme l’ascension du condyle dans sa cavité articulaire provoque une compression articulaire. Dans ce mémento, nous avons mentionné et imagé la recherche du docteur Delcambre sur les rapports vectoriels des muscles ptérygoïdiens latéraux, masséters et temporaux. Son travail nous a conduit à n’équilibrer nos gouttières qu’en décompression. Les résultats ont été supérieurs à ceux que nous obtenions avec les précédents types de gouttière.

De nombreux courants de pensées ont fait école pour assurer la prise en charge des patients souffrant de dysfonctionnements cranio-mandibulaires. Certains ont évolué, d'autres ont disparu. Quels éléments vous permettent d'assurer la validité de la démarche que vous mettez en avant au sein de cet ouvrage ?

Nous abordons ce problème dans le préambule de notre ouvrage. Dans le passé, nous avons connu et expérimenté ces différents courants de pensée qui étaient bien souvent des « chapelles » basées le plus souvent sur des concepts sans véritables supports physiologiques. La réflexion individuelle n’était pas de mise, il fallait suivre à la lettre les dictats de certains maîtres. Heureusement, nous avons eu la chance de côtoyer entre autres Raymond Leibowitch, Daniel Rozencweig et Rudolf Slavicek, qui nous ont permis de valider notre démarche qui a débuté en 1976.

Quant à ceux qui prêtent à la gouttière occlusale un effet placebo en privilégiant l’enseignement de techniques de comportement, ils oublient qu’un être humain qui souffre n’est absolument pas réceptif à leurs explications. De par son effet quasi immédiat sur la douleur, la gouttière occlusale permet de faire prendre conscience au patient son bruxisme, qu’il apprend à gérer le jour en continuant à porter sa gouttière la nuit.

Que répondez-vous à ceux qui disent qu’il n’existe aucun lien scientifiquement établi entre occlusion, posture et œil ?

Qu’ils revoient les ouvrages traitant de l’anatomie et de la physiologie de l’appareil manducateur. Il est difficile de nier le travail des anatomophysiologistes tels que Leblanc, Sobotta et Larmande pour ne citer qu’eux. Les spécialités médicales se concentrent sur elles-mêmes et oublient que le corps humain est un tout. Tout est lié. À la décharge des détracteurs qui nient les relations existantes entre l’occlusion, la posture et l’œil, certains praticiens ont expliqué, et pour certains développent encore, ces relations par l’énergétique. Ce langage est loin d’être académique et ne satisfait pas notre culture médicale. Ceci explique cela. Mais l’étude des relations existantes entre les noyaux des nerfs trijumeaux, des nerfs oculomoteurs et ceux des muscles gouvernant la ceinture scapulaire ont mis en évidence la collaboration indispensable entre le chirurgien-dentiste, l’ostéopathe et/ou l’orthoptiste.

Dupas PH, Dupas G. Occlusodontie et posture. Du bruxisme au mal de dos. Paris : Editions CdP, 2021. 

Propos recueillis par Mathilde Savignat, MCU-PH Sciences anatomiques, Faculté de Chirurgie dentaire de Lille

Les dernières réactions

  • 20/02/2021 à 19:36
    LeJeanDarGer
    alerter
    J’aimerai savoir si la gouttière que vous proposez dans un but de traitement étiologique de là dysfonction occlusale est une finalité pour le patient dans le cadre d’un traitement pérenne.
    A Savoir si le patient recouvre une mastication fonctionnelle
    Merci par avance de votre retour.

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