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23/06/2022

Sevrage tabagique : le chirurgien-dentiste en première ligne

Le tabac, en plus d’être la 1re cause de mortalité évitable, est un facteur de risques et d’échecs considérables en odontologie. Le chirurgien-dentiste a donc un rôle important à jouer dans l’accompagnement au sevrage tabagique des patients. Et il peut vraiment l’aider car il est en première ligne et dispose d’arguments de taille. 3 questions à Myriam DRIDI.

Le Pr Myriam DRIDI, PU-PH en parodontologie à l’université Nice-Côte d’Azur et en médecine bucco-dentaire à l’hôpital Saint-Roch (CHU Nice), nous explique les enjeux de la prise en charge du sevrage tabagique par les chirurgiens-dentistes.

POURQUOI LE CHIRURGIEN-DENTISTE A-T-IL UN RÔLE DANS LE SEVRAGE TABAGIQUE ?

Le tabagisme est un problème majeur de santé publique et, en tant que professionnel de santé, le chirurgien-dentiste doit s’en préoccuper. Le tabac est la première cause de mortalité évitable et, quelle que soit sa forme (fumé ou non), le tabac est un facteur de risque des parodontites, des péri-implantites, des candidoses orales, des carcinomes épidermoïdes oraux (avec un pronostic sombre). C’est aussi un facteur d’échec de la plupart de nos thérapeutiques parodontales ou implantaires. À terme, les patients qui fument perdent leurs dents ! Il faut donc les inciter à arrêter de fumer.

COMMENT LE PRATICIEN PEUT-IL AIDER UN PATIENT QUI SOUHAITE ARRÊTER DE FUMER ?

Le chirurgien-dentiste intervient en première ligne. Il ne doit pas faire peur au patient, car ça ne le fait pas avancer et c’est contre-productif. Le tabagisme n’est pas une question de volonté, c’est une maladie chronique, une addiction très complexe. La volonté, pour le patient, c’est de vouloir se faire soigner. Pour l’aider, la première chose à faire est de commencer par l’éducation thérapeutique.

Dès l’entretien médical, il faut mettre le patient fumeur face à sa contradiction : il ne veut pas perdre ses dents, mais il ne veut pas arrêter de fumer, ce qui est antinomique.

Il faut commencer par voir avec lui s’il est enclin à vouloir arrêter de fumer. On peut lui montrer en bouche les dégâts tissulaires. Avec un miroir de courtoisie, on peut montrer les mélanoses et les kératoses d’origine tabagique, une langue saburrale, sans parler de la mauvaise haleine. On peut insister pour lui montrer que ses tissus répondent à l’agression du tabac et que la souffrance tissulaire est déjà là, sans être dans la peur, mais dans l’explication.

Ensuite, soit le dentiste est formé à l’évaluation de la dépendance tabagique et peut prescrire des substitut nicotiniques. Soit, il peut adresser le patient à son médecin traitant, ou s’il y a plusieurs addictions, le diriger vers un tabacologue.

Le suivi est également important car nous voyons souvent le patient. Il faut l’accompagner, lui montrer qu’on comprend son combat. Finalement, nous pouvons agir à plusieurs étapes et pour chacune d’entre elles, nous avons un rôle important à jouer.

COMMENT SE FORMER POUR MIEUX ACCOMPAGNER LES PATIENTS AU SEVRAGE TABAGIQUE ?

Petit à petit, nous mettons en place des séminaires sur l’addiction pour les externes et les internes en odontologie. Actuellement, il n’y a pas de formation au sens strict du terme pour les praticiens en exercice, mais il est primordial de s’auto-former. Nous préparons pour CLINIC un numéro entier sur l’importance du sevrage tabagique. En attendant, il existe des sites très bien renseignés :

ofdt.fr/produits-et-addictions/de-z/nouveaux-produits-de-synthese/
tabac-info-service.fr/je-trouve-un-tabacologue et/Espacepro
inpes.sante.fr

Propos recueillis par Anne-Gaëlle Moulun

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